Le jardin d'Eden - petite histoire...
Le jardin d'Éden
Poème épique, Le Paradis perdu , a été écrit par le poète anglais aveugle en 1667. C'est une description de l'enfance de la Nature et il fait le lien entre la Bible, Homère et les concepts modernes de liberté et de virginité de la Nature.
" Le jardin d'Éden était placé au milieu d'une plaine délicieuse, couverte de verdure, qui s'étendait sur le sommet d'une haute montagne, et formait en la couronnant, un rempart innaccessible.
Au milieu de ce charmant paysage, un jardin, encore plus délicieux avait eu Dieu lui-même pour ordonnateur. Il avait fait sortir de ce fertile sein tous les arbres les plus propres à charmer les yeux, à flatter l'odorat et le goût. Au milieu d'eux s'élevait l'arbre de vie, d'où découlait l'ambroisie d'un or liquide. Non loin était l'arbre de la science du bien et du mal, qui nous coûte si cher ; arbre fatal dont le germe a produit la mort !
Dans ce jardin coulait, vers le midi, une large rivière, dont le cours ne changeait point, mais qui disparaissait sous la montagne du paradis, dont la masse le couvrait entirèrement ; le Seigneur ayant posé cette montagne, qui servait de fondement à son jardin, sur cette onde rapide, qui, doucement attirée par la terre altérée et poreuse, montait dans ses veines jusqu'au sommet, d'où elle sortait en claire fontaine, et se partageait en plusieurs ruisseaux, qui, après avoir arrosé tout le jardin, se réunissaient pour se précipiter du haut de cette montagne escarpée, et après avoir formé une superbe escadre, se divisaient en quatre principales rivières, et traversaient différents empires.
Que n'est-il possible à l'art de décrire cette fontaine de saphir, dont les ruisseaux argentins et tortueux, roulant sur des perles orientales et sur des sables d'or, formaient des labyrinthes infinis sous les ombrages qui les couvraient, en versant le nectar sur toutes les plantes, et nourrissant des fleurs dignent du paradis ! Elles n'étaient point rangées en compartiments symétriques, ni en bouquets façonnés par l'art. La nature bienfaisante les avait répandues avec profusion, sur les collines, dans les vallons, dans les plaines découvertes qu'échauffaient doucement les rayons du soleil, et dans ces berceaux où des ombrages épais conservaient pendant l'ardeur du jour une agréable fraîcheur.
Cette heureuse et champêtre habitation charmait les yeux par sa variété : la nature, encore dans son enfance, et méprisant l'art et les règles, y déployaient toutes ses grâces et toute saliberté. On y voyait des champs et des tapis verts admirablement nuancés, et environnés de riches bocages remplis d'arbres de la plus grande beauté : des uns coulaient les baumes précieux, la myrrhe et les gommes odoriférantes ; aux autres étaient suspendus des fruits brillants et dorés, qui charmaient l'oeil et le goût. Tout ce que la fable attribue de merveilleux aux vergers des Hespérides s'offrait réellement dans l'admirable jardin d'Éden. Entre ces arbres paraissaient des tapis de verdure : sur les penchants des vallons et des petites collines on voyait des troupeaux qui paissaient l'herbe tendre. Ici, les palmiers couvraient de jolis monticules ; là, des ruisseaux serpentaient dans le sein d'un vallon couvert de fleurs et de roses sans épines. D'un autre côté, paraissaient des grottes impénétrables aux rayons du soleil, et des cavernes où régnait une fraîcheur délicieuse. Elles étaient couvertes de vignes qui, étendant de tous côtés leurs branches flexibles, offraient en abondance des grappes de pourpres. Les ruisseaux coulant avec un doux murmure, formaient d'agréables cascades le long des collines et se dispersaient ensuite, ou se réunissaient dans un beau lac, qui présentait son miroir de cristal à ses rivages émaillés de fleurs et couronnées de myrtes. Les oiseaux formaient un choeur mélodieux, et les zéphyrs, portant avec eux les odeurs suaves des vallons et des bocages, murmuraient entre les feuilles légèrement agitées, tandis que Pan, dansant avec les Grâces et les Heures, menait à sa suite un printemps éternel.
John Milton,
Le Paradis perdu, 1667